Avertissement, je ne suis pas sociologue ou anthropologue. Le texte qui suit n’est que le fruit de mes impressions et peut ne pas convenir à un public étroit d’esprit.
Jouer est quelque chose de fondamental. On le sait, c’est la façon la plus efficace d’apprendre quoi que ce soit et je dirais même plus: on est génétiquement programmé pour jouer. Cependant, ce qui est plus que normal pour un enfant devient pratiquement contre nature une fois « grand ». On ne sait trop pourquoi, la vie adulte doit être sérieuse et responsable, rangée, et pas le temps pour les niaiseries! Pourtant, s’il y a une chose que ma modeste expérience m’a apprise, c’est que tout est un jeu… Et c’est loin d’être une niaiserie!
Quand on se retrouve devant les caisses d’une épicerie, par exemple, on a tous (j’estime du moins la majorité d’entre nous) le réflexe d’évaluer quelle file sera la moins longue. Sans nécessairement le réaliser, on prend en compte des données comme le nombre de personnes, la présence d’un emballeur, la quantité de denrées dans les paniers, etc. Certains diront, à raison, que ce sont des mathématiques, une réaction à la notion de « perte de temps » ou simplement l’application au quotidien d’une maladie mentale, etc. Mais moi, j’ose soutenir qu’il s’agit là d’un jeu. Un jeu qui inclut les math, un trouble obsessif compulsif, un désir d’être efficace, … mais c’est un jeu quand même. Après tout, ces mêmes notions se retrouvent dans plusieurs jeux clairement emballés comme tels et non comme des exercices de math ou une évaluation psychologique.
En même temps, le super jeu La file d’attente (on dirait presque le prochain Scorpion masqué) n’aurait probablement pas de quoi vendre – je ne dis pas que ça ne pourrait pas être un bon jeu, seulement qu’il faudrait être un sapré bon concepteur pour lui trouver une mécanique amusante -, mais qu’il est loin de susciter un intérêt spontané (sinon je serais en train de faire mon pitch à Christian Lemay au lieu d’écrire ceci). En gros, j’essaie de dire que dans la vie tout est un jeu, mais on ne peut pas faire de tout un jeu, vous me suivez?
À la base, un enfant qui joue à la balle apprend un paquet de choses sur différents éléments (la gravité, la coordination, la notion de distance, etc.) qui vont lui servir tout au long de sa vie; parce qu’on lance toujours quelque chose à un moment ou à un autre, même si c’est juste d’envoyer la balle à son enfant. À mesure qu’il grandit, ce même enfant développe ses aptitudes physiques et, surtout, intellectuelles. Ces dernières seront d’ailleurs particulièrement sollicitées, car il n’y a pas assez d’éducation physique à l’école (et pas assez de jeux si vous voulez mon avis) et, encore une fois, un enfant qui a joué sera mieux outillé pour affronter les aventures du quotidien que celui qui n’a eu que la télé pour se divertir.
Bien que ma propre jeunesse a été plus marquée par les jeux de rôles que les jeux de société, je considère que le premier est une forme plus spécialisée du deuxième qu’une tout autre catégorie de jeux. D’autant plus qu’à travers D&D, Warhammer, l’appel de Cthulhu, Vampire: the Mascarade et j’en passe, il y a aussi eu de belles parties de Talisman, Thunder Road, Magic: the Gathering et bien d’autres encore. Tout ceci a contribué à forger la personne que je suis aujourd’hui et, même si le lien n’est pas apparent (mon assureur auto me remercie d’ailleurs de ne pas conduire selon les normes de Thunder Road), il est indéniable que les retombées sont bien réelles. Le meilleur exemple est sans doute que plusieurs de mes amis sont devenus plus que des connaissances d’école ou de travail parce que nous avons « communié » autour d’un jeu. N’était-ce pas Platon qui disait: « On peut en savoir plus sur quelqu’un en une heure de jeu qu’en une année de conversation »?
Imaginez si, au lieu d’un débat des chefs stérile sur le pourquoi qu’on n’a pas dépensé l’argent du contribuable pour faire une route double qui a fini simple parce qu’un mafieux à la dent longue a jugé que son porte-avion le méritait plus, on avait une partie d’un jeu de société à la manière de TableTop de Wil Wheaton, avec les entrevues et les réactions… J’ai l’impression que mon intérêt pour la politique serait plus que renouvelé! Sans compter qu’on aurait un accès beaucoup plus honnête (je sais, ce mot est risible dans ce contexte) des politiciens eux-mêmes. Vous me direz, à raison, que les experts en image auraient tôt fait de maquiller un tel exercice en un autre cirque d’hypocrisie, mais je demeure convaincu que l’idée que je me fais d’un politicien(ne) serait plus juste et plus réaliste que ce que l’on voit en ce moment.
Au final, je crois qu’on aurait tout avantage à se calmer « l’adulte sérieux » et à accepter que nous sommes toujours en train d’apprendre quelque chose qui serait beaucoup plus agréable à intégrer en passant par le jeu. De cette façon, au lieu de dire que je vais jouer à un jeu ce soir, je pourrais parfaire mes apprentissages sur les mécanismes sociaux inhérents à la vie en groupe – et un titre de thèse, un!! -, sans oublier un mémoire sur l’influence d’une diète liquide riche en houblon sur les apprentissages de gestion mathématique dans un environnement social compétitif.